Cabinet de curiosités
Dans le cadre de l’exposition collective Cabinet de curiosités à la Galerie le neuf – Sinibaldi, Fabien Collini présente un travail photographique inscrit dans une recherche sur la trace, la mémoire et la fragilité du vivant. Ses images interrogent ce qui demeure, ce qui s’efface, et la manière dont une empreinte peut devenir récit. À travers une approche sensible de la matière et du temps, son travail ouvre un dialogue entre présence humaine, disparition et transmission.
REPERI – ils découvriront les traces de nos mémoires est une exposition en duo de Jérôme Dupré la Tour et Fabien Collini, présentée en septembre 2022 dans les catacombes du Fort Saint-Just. Elle interroge la mémoire, la fragilité du vivant et la fugacité de l’existence à travers deux matières sensibles : l’argile et la feuille végétale.
L’exposition met en regard les tirages chlorophylles sur feuilles d’arbres de Fabien Collini et les empreintes en argilede Jérôme Dupré la Tour. Les premières inscrivent des images dans une matière vivante, fragile et périssable. Les secondes produisent des traces, proches de fossiles contemporains, comme les vestiges d’un présent déjà en train de devenir passé.
Le projet pose une question simple et vertigineuse : que restera-t-il de nous ? À travers ces œuvres, les artistes donnent à voir l’urgence de saisir le présent face aux transformations écologiques, humaines et matérielles qui s’annoncent. L’exposition devient ainsi un lieu de mémoire anticipée, où les traces du vivant témoignent de notre passage et de notre responsabilité.
Ce travail photographique se déploie sur deux axes. Le premier interroge l’avenir même de notre capacité à produire des images : comment pourrons-nous photographier dans 150 ans ? Quels médiums pourrons-nous utiliser dans un monde contraint énergétiquement, et comment préserver la singularité du regard à travers ces nouveaux gestes techniques ?
Le second questionnement porte sur la mémoire : quelles traces essentielles de nos existences pourrons-nous transmettre ? Quels vestiges de nos vies, quels échos de civilisation pourront encore traverser le temps ?
Pour explorer ces questions, j’ai choisi de travailler avec la technique dite de résinotype. Ce procédé photographique pigmentaire, non argentique, engage une autre temporalité du geste photographique. Il allie les principes d’apparition de l’image à ceux de la peinture, par l’utilisation de pigments qui viennent révéler les zones sensibles. Ici, la photographie n’est plus seulement un instant capturé, mais un dialogue lent avec le support et la matière.
En expérimentant cette forme, je cherche à concevoir une pratique photographique compatible avec un monde sobre en ressources, et à ouvrir une réflexion plus large sur la mémoire que nous laissons. Dans les failles, les inquiétudes, les fractures du monde, j’essaie de capter ce qui persiste, ce qui résonne — ces espaces d’or lumineux qui dessinent encore des possibles.